Essayez de compter sur les doigts d’une main les survivants de l’âge d’or d’Hollywood, vous n’arriverez pas au bout, et Liz Taylor est l’une des rares stars dont le nom vous viendra spontanément à l’esprit. Souvent réduite au violet de ses yeux, sa gloire n’en doit pas moins à cette étonnante particularité, d’où un étonnement mêlé d’amusement quand on apprend que son regard a failli la disqualifier dès le début de sa carrière !
En 1941, Elizabeth Taylor vient de tourner son premier film à 9 ans. Après avoir grandi dans une banlieue cossue de Londres, entourée d’un père galeriste et d’une mère actrice - tous deux américains - elle les a suivis à Los Angeles pour fuir la Seconde Guerre Mondiale. Sans doute frustrée d’avoir renoncé après son mariage à sa carrière théâtrale, sa mère la prépare dès l’âge de 7 ans à devenir une actrice complète en lui faisant donner des cours de danse, de chant et d’équitation. Elle fréquente aussi très assidûment les lieux où s’affichent les gens de cinéma, ce qui lui permet un jour d’obtenir un bout d’essai pour sa fille.
Une enfant prodige
Convaincante, la petite Elizabeth débute ainsi sa carrière d’actrice pour Universal, mais le conte de fée manque de s’achever quand le studio ne renouvelle pas son contrat pour cause de « regard trop adulte ». Heureusement, la MGM prend le relais en offrant à l’enfant prodige un petit rôle dans Fidèle Lassie, mais c’est deux ans plus tard, en 1945, qu’arrive la notoriété avec un premier rôle marquant dans Le Grand National aux côtés de Mickey Rooney. Si le succès est au rendez-vous avec ce film qui se déroule dans le milieu des courses hippiques, le bonheur de la jeune actrice est entaché par une mauvaise chute de cheval, survenue pendant le tournage, qui lui vaudra pendant toute sa vie de redoutables douleurs de dos.
Tout en poursuivant ses études à la Little Red School, l’école des enfants stars, elle enchaîne ensuite les films : Cynthia, La Belle imprudente, The Big Hangover et surtout Mon père et nous, drame familial de Michael Curtiz, Ainsi sont les femmes, film musical de Richard Thorpe. On la voit aussi dans Le Père de la mariée, une comédie musicale de Vincente Minelli qui bénéficie d’une publicité rêvée quand elle épouse l’héritier des hôtels Hilton quelques jours avant la sortie ! Mais ce mariage précoce - elle n’a pas vingt ans - ne durera que quelques mois…
Le bal des tournages
Après Allons donc, papa !, une suite réussie du Père de la mariée, le bal des tournages continue avec Love is better than ever, charmante romance de Stanley Donen, La Fille qui savait tout, drame sentimental de Richard Thorpe ou en encore Le Courage de Lassie, où elle retrouve la chienne fidèle mais cette fois pour un premier rôle. À cette époque, elle est également à l’affiche d’Ivanhoe dans lequel elle incarne une jeune juive, rôle qui sera à l’origine de sa conversion au judaïsme et aussi de son mariage avec l’acteur Michael Wilding qui lui donnera deux enfants.
En 1956, avec Géant de George Stevens, Liz Taylor entre vraiment dans la légende en partageant l’affiche avec Rock Hudson et James Dean. Puis, dans une irrésistible montée en puissance, elle enchaîne avec une autre super production : L’Arbre de Vie d’Edward Dmytryk, film ambitieux qui suit les traces d’Autant en emporte le vent et pour lequel elle donne la réplique à Montgomery Clift, son ami de cœur.
Un mariage tragique
Nominée aux Oscars pour son rôle dans le film, elle réédite la performance avec des films mythiques comme La Chatte sur un toit brûlant, de Richard Brooks et Soudain l’été dernier, de Joseph L. Mankiewicz, et si elle n’obtient pas de statuette, elle peut se consoler avec les bijoux rutilants que lui offre son troisième mari, le producteur Mike Todd. Une union qui s’avère tragique puisqu’après avoir frôlé la mort en mettant leur enfant en vie, elle devient veuve suite à un accident d’avion.
Si le public est bouleversé, sa compassion s’estompe quand Liz Taylor défie la morale en s’affichant avec le chanteur Eddie Fisher qui est marié à Debbie Reynolds. Malmenée par la presse, elle n’améliore pas son image en incarnant une prostituée dans La Vénus au vison. Mais c’est pourtant avec ce rôle qu’elle décroche son premier Oscar alors qu’elle ne partait pas favorite. Pour les commentateurs, pas de doute : il s’agit d’un vote de sympathie pour la consoler de ses malheurs, d’autant qu’elle vient encore d’échapper à la mort en subissant in extremis une intervention à la gorge. Ce qui fera dire à Shirley MacLaine, plébiscitée par tous les pronostiqueurs : « J’ai perdu contre une trachéotomie ».
Coup de foudre sur un plateau
Comme Mike Todd, son prédécesseur, Eddy Fisher a compris que pour conserver sa femme, il fallait la couvrir de ces bijoux dont elle raffole. « Avec un diamant de 50 000 $, elle est heureuse pendant quatre jours » plaisante-t-il peu élégamment. Une générosité qui ne pourra rien contre le coup de foudre qui survient sur le plateau de Cléopâtre entre Liz Taylor et son partenaire, l’acteur anglais Richard Burton. Avec ce film, la star devient accessoirement l’actrice la mieux payée au monde, satisfaction minorée par de nouveaux problèmes de santé qui la contraignent à quitter le plateau pendant plusieurs semaines.
Autre problème : sa liaison extra conjugale affichée a choqué les esprits jusqu’à provoquer une réaction officielle du pape ! Mais le scandale s’apaise définitivement quand elle divorce d’Eddie Fisher pour épouser Richard Burton et qu’ils deviennent inséparables au point de tourner ensemble quasi systématiquement, notamment Hôtel international d’Anthony Asquith, Le Chevalier des Sables de Vincente Minelli, Les Comédiens de Peter Glenville, La Mégère apprivoisée de Franco Zefirelli et Boom de Joseph Losey. Sans oublier Qui a peur de Virginia Woolf ? de Mike Nichols qui lui vaut un second Oscar, cette fois incontesté.
Déjà le déclin
À 35 ans, Liz Taylor est au sommet de son art et de sa popularité quand elle tourne le magnétique Reflets dans un œil d’or avec son ami Marlon Brando sous la direction de John Houston. Mais le public ne suit pas, tout comme il boude l’excellent Cérémonie secrète de Joseph Losey, deux échecs qui, s’ajoutant à de multiples problèmes de santé, sonnent le déclin d’une carrière qui n’aura plus jamais le même éclat. Dans les années qui suivent, elle tourne des films au compte-gouttes, dont Une Belle Tigresse, histoire d’un couple aussi tumultueux que celui qu’elle forme dans la vie avec Richard Burton. Tellement tumultueux que les deux stars divorcent en 1974 pour se remarier l’année suivante puis divorcer une seconde fois en 1976 !
Aussitôt remariée avec John Warner, un sénateur républicain, elle continue d’accumuler les ennuis de santé, au point que les compagnies d’assurances rechignent désormais à couvrir les risques de défection sur les tournages. Ce qui ne l’empêche pas de travailler régulièrement pour la télévision et d’apparaître dans quelques films, dont Il Giovane Toscanini, film de Franco Zefirelli consacré au chef d’orchestre prodige italien.
L’ultime mariage
Devenue dépendante aux analgésiques à cause de ses douleurs chroniques, Liz Taylor doit se désintoxiquer au fameux Betty Ford Center. C’est là qu’elle rencontre son septième mari, un riche industriel de vingt ans son cadet. Somptueuses, les noces se déroulent dans la propriété de Michael Jackson dont elle est l’amie intime et qui a réglé la note : 1,5 million de dollars.
Éphémère, ce mariage sera son dernier et profitant de sa liberté, elle s’investit à fond dans la lutte contre le sida qui a tué nombre de ses amis. Un combat qu’elle continue de mener aujourd’hui malgré ses 77 ans et sa santé défaillante. Dernière péripétie en date : une opération du cœur qui s’est parfaitement déroulée comme elle l’annoncé elle-même à ses fans sur Twitter !
FILMS DE INTEGRALE TCM
L’Arbre de vie (Raintree County), 1957, de Edward Dmytryk, avec Montgomery Clift, Lee Marvin, Elizabeth Taylor
Le Chevalier des sables (The Sandpiper), 1965, de Vincente Minnelli, avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, Eva Marie Saint, Charles Bronson
Love is Better than Ever 1952, de Stanley Donen, avec Elizabeth Taylor, Larry Parks, Josephine Hutchinson, Ann Doran
La Mégère apprivoisée (The Taming of the Shrew), 1967, de Franco Zeffirelli, avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, Cyril Cusack, Michael Hordern
Hôtel International (The V.I.P.’s), 1963, d’ Anthony Asquith, avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, Louis Jourdan, Orson Welles
Ainsi sont les femmes (A Date with Judy), 1948, de Richard Thorpe, avec Wallace Beery, Jane Powell, Elizabeth Taylor, Robert Stack
Cérémonie secrete (Secret Ceremony), 1968, de Joseph Losey Elizabeth Taylor, Robert Mitchum, Mia Farrow
Qui a peur de Virginia Woolf? (Who’s Afraid of Virignia Woolf?), 1966, de Mike Nichols, avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, George Segal, Sandy Dennis
Le Père de la mariée (Father of the Bride), 1950 de Vincente Minnelli avec Spencer Tracy, Elizabeth Taylor, Joan Bennett, Don Taylor
La Vénus au vison (Butterfield 8), 1960, de Daniel Mann, avec Elizabeth Taylor, Laurence Harvey, Eddie Fisher, Dina Merrill
Mon Père et nous (Life With Father), 1947, de Michael Curtiz, avec William Powell, Irene Dunne, Elizabeth Taylor, Martin Milner, Jimmy Lydon
Les Comédiens (The Comedians), 1967 de Peter Glenville, avec Richard Burton, Alec Guinness, Elizabeth Taylor, Peter Ustinov
Soudain l’été dernier (Suddenly Last Summer), 1959 de Joseph L. Mankiewicz, avec Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Montgomery Clift
Le Grand national (National Velvet), 1945, de Clarence Brown, avec Donald Crisp, Mickey Rooney, Elizabeth Taylor, Anne Revere)
Allons donc, papa ! (Father’s Little Dividend), 1951, de Vincente Minnelli, avec Spencer Tracy, Joan Bennett, Elizabeth Taylor, Don Taylor, Billie Burke
THE BIG HANGOVER, 1950, N&B, VOST, de Norman Krasna
Boom 1968, Couleur, VM, de Joseph Losey
Cynthia 1947, N&B, VOST, de Robert Z. Leonard
Géant (Giant), 1956, Couleur, VM, de George Stevens
La chatte sur un toit brûlant (Cat on a Hot Tin Roof), N&B, VM, 1958, de Richard Brooks
Reflets dans un oeil d’OR (Reflections in a Golden Eye), 1967, Couleur, VM, de John Huston
Toscanini (Giovane Toscanini), 1988, Couleur, de Franco Zeffirelli
La belle imprudente (Julia Misbehaves), 1948, N&B, VOST, de Jack Conway
UNE BELLE TIGRESSE (X Y & Zee), 1972, Couleur, de Brian G. Hutton
La fidèle lassie (Lassie Come Home), 1943, Couleur, VM, de Fred M. Wilcox