Samuel FULLER - ORDRES SECRETS AUX ESPIONS NAZIS (VERBOTEN!)
RESUME Un soldat americain se marie en Allemagne une fois la guerre finie et doit affronter les commandos des Verwolf, groupuscule nazi qui multiplient les actes de terrorisme.
FICHE TECHNIQUE Réalisation, scénario et production : Samuel FULLER (1958) Directeur de la photographie : Joseph BIROC Musique : Harry SUKMAN, BEETHOVEN, Richard WAGNER Production : Globe Enterprises-RKO Distribution : J Arthur RANK (en France) Genre : Drame Durée : 87 minutes Sortie USA : 25 mars 1959
DISTRIBUTION James BEST (Le sergent David Brent) Susan CUMMINGS (Helga Schiller) Tom PITTMAN (Bruno Eckhardt)) Paul DUBOV (Le capitaine Harvey) Harold DAYE (Franz) Dick KALLMAN (Helmuth) Stuart RANDALL (Le colonel) Steven GERAY (Le maire) Robert BOON (L'officier SS) Anna HOPE (Mme Schiller) Neyle MORROW (Le sergent Kellog)
Mon avis Verboten, bizarrement traduit en français par Ordres secrets aux espions nazis, est un film devenu assez rare, qui mériterait une sortie DVD comme pour bon nombre d'autres films de Fuller. Verboten nous raconte une histoire qui se déroule dans l'Allemagne de l'après-guerre : Brent, soldat américain de la 157 eme compagnie d'infanterie, 45 eme division, blessé par un tireur isolé lors de l'entrée dans une ville frontière allemande (Rothbach entre Nuremberg et Berlin), reste en Allemagne après avoir quitté l'armée et obtient un travail en tant qu'employé civil du Gouvernement militaire américain (Forces d'occupation). Il épouse Helga, la femme qui l'a hébergé et soigné quand il était blessé pendant la guerre. De fait, c'est plus la sécurité ,la nourriture, les cigarettes et les marchandises qu'il apporte dans une Allemagne en proie aux difficultés qui pousse Helga à l'épouser au début. Mais elle tombera vraiment amoureuse de lui par la suite. Franz, le frère infirme d'Helga, intègre avec un de ses vieux amis, Bruno, un groupe de résistants clandestins nazis appelés les Werwolf (Les loups-garous, armée secrète organisée par Himmler). Bruno qui travaille dans le même bureau que Brent, est un tueur impitoyable, un saboteur et un agitateur anti-américain. Voilà posé les bases de l'histoire. Verboten aborde plusieurs thèmes : la différence entre un Allemand et un Nazi ( Fuller cherche à montrer avec honneteté que tout allemand n'était pas forcément un nazi), l'occupation américaine dans l' Allemagne dans les mois qui ont suivi la guerre, le danger d'une renaissance du nazisme à travers les jeunes hitlériens qui se son appelés les "Werwolfs" (leur groupe a existé de 1946 à 1960), pour Fuller le nazisme qu'il condamme vigoureusement n'est pas mort. Pour exposer le thème de la différence entre un nazi et un Allemand, Fuller a eu l'idée de le faire aussi avec la musique en opposant deux Allemands : Wagner et Beethoven. Ainsi quand l'américain quitte Helga qu'il a demandé en mariage, Bruno le nazi fait son entrée dans le même plan, accompagné par la musique de Wagner. Le style de Fuller est toujours original et furieusement lyrique à l'exemple de l'ouverture du film, le film démarrant par avec une chanson sirupeuse (Verboten) chantée par Paul Anka puis on assiste à l'entrée des GI dans la ville allemande bombardée, rythmée en musique, par la cinquième symphonie de Beethoven. Fuller aime tellement la musique de Beethoven qu'elle sera utilisée dans d'autres de ses films : Crimson Kimono, Shock Corridor, The naked kiss, Dead of a pigeon... Fuller sait entretenir une certaine ambiguité sur le personnage d'Helga, qui lui sert de porte-parole pour décrire une Allmenande qui a cotoyé des nazis, son frère faisant partie des jeunesses hitlériennes, elle est aussi une amie de Bruno mais elle ne cesse de répéter qu'elle n'est pas nazie. Elle dira "nous sommes tous coupables de n'avoir pas ouvert la bouche" quand l'américain lui parle qu'elle n'a jamais protestée ni élevée la voix face aux camps de concentration et aux chambres à gaz. Ce n'est que quand elle décide d'ouvrir les yeux de son frère en l'emmenant assister au procés de Nuremberg que nous comprenons pleinement sa prise de conscience du danger nazi. Face à Helga, Fuller expose intelligemment le contrepoint de ce que pense la majorité des américains, ainsi le capitaine Harvey dirigeant le gouvernement américain d'occupation dit au sergent Brent que pour lui elle est forcément nazie "tu sais l'éducation qu'elle a reçue, c'est une nazie". Pour finir, il cite une anecdote "ils ont trouvé Hitler mort avec un morceau de papier dans la main où était écrit 'je n'ai jamais été nazi' ". Fuller utilise des documents réels montrés au procés de Nuremberg, plans d'actualité sur les camps de concentration et sur le génocide perpétré, plans qu'il commente d'ailleurs lui-même. Il se refuse à reconstituer l'holocauste de quelque manière que ce soit. Il veut montrer l'horreur à l'état brut, sans artifice racoleur. Verboten, comme tout film de Fuller, peut surprendre, c'est en partie une histoire d'amour, en partie un film de guerre complexe qui dénonce les atrocités du nazisme en même temps qu'il s'attache à dépeindre les allemands dans toute leur diversité. C'est un grand Fuller que l'on cite moins parmi ses meilleurs films et qui mérite largement d'être redécouvert.